Journalisme

Le journal était pour moi un des lieux préférés de mon enfance.

Mon grand-père était directeur de Gerpresse et de l’Auto-journal. Ses locaux s’étiraient sur 4 étages d’un hôtel particulier des Grands Boulevards.

Au rez-de-chaussée l’accueil vous souriait par l’intermédiaire de jeunes femmes charmantes dans une salle vaste et claire avec un corner presse à gauche de l’entrée. Au fond, la cage d’ascenseur Art Déco desservait l’escalier d’un côté et de l’autre, une porte battante dissimulant dans un lieu plus sombre, les entrailles de la presse : l’imprimerie jonchée de machines bruyantes manipulées par des colosses en tablier aux grandes mains tâchées.

Le fameux ascenseur à double fermeture par grille coulissante puis lourde porte en fer, desservait les premiers et deuxièmes étages pour laisser un mince escalier s’envoler au troisième, sous les toits. Les bureaux des secrétaires et du directeur, mon grand-père, Georges Brutelle, étaient respectivement garnis de bonbons la pie qui chante, d’odeur de cuir et d’un grand aquarium aux poissons multicolores. 

Enfin, le graal, nu et laborieux, sans doute comme il se doit d’être, mené par ce mince escalier débouchant dans un espace sans porte, ouvert et mansardé empli d’hommes agités sur des tables alignées. Un troisième étage aux murs blancs détonnant avec le reste de l’immeuble animé d’une atmosphère lumineuse, pourtant enfumée et rythmée par les frappes des machines à écrire : le nid des journalistes.